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La démarche d’innovation change de nature. Elle est de plus en plus collaborative, de plus en plus rapide et propose des offres en rupture avec l’existant. Au-delà des aspects « technologiques », elle est aussi organisationnelle, sociale, citoyenne, liée aux usages… Elle est de plus en plus co-conçue avec l’usager final dans le cadre d’un processus qui ne se limite plus au couple chercheur/industriel. Toutes ces nouvelles formes d’innovation sont mal prises en compte dans les dispositifs d’accompagnement et de financement de l’innovation.
L’innovation sociale se situe dans ce contexte et doit s’associer à toutes les démarches qui plaident pour une vision élargie de l’innovation. Le territoire apparait, en réponse à la mondialisation, comme un espace d’action pertinent pour porter cette vision élargie de l’innovation.
Les politiques en faveur de l’innovation doivent prendre en considération l’innovation sociale, son potentiel et sa capacité à faire émerger des solutions aux grands défis de notre société. Cela nécessitera certainement une évolution de la « stratégie nationale d’innovation », aujourd’hui quasi exclusivement centrée sur l’innovation technologique.
D’autre part, les outils d’accompagnement et de financement de l’innovation devront également évoluer pour s’adapter aux spécificités de l’innovation sociale. En effet, en matière de R&D sociale, les experts peuvent être les usagers, les prototypes peuvent être des dispositifs, les connaissances relèvent aussi des sciences humaines & sociales.
Les politiques publiques devront permettre l’émergence d’innovations sociales correspondant aux priorités nationales et être en phase avec les nouvelles réalités et besoins sociaux.
Enfin, les politiques publiques doivent évoluer pour être capable d’encourager les liens avec le monde de la recherche, favoriser les initiatives du tiers secteur (associations et entrepreneurs sociaux), privilégier le recours à l’expérimentation ; mieux prendre en compte l’expertise des usagers sur les services qui leur sont offerts.
Ainsi, selon Vincent Chriqui dans son discours d’introduction au lancement du cycle de séminaires « La cohésion sociale par ses instruments ».
Seraient mises en place des approches collectives, communautaires ou expérimentales, qui offrent l’avantage de ne pas limiter l’action publique au registre de la réparation, mais de la compléter d’une dimension d’investissement, bénéfique tant pour les finances sociales que pour les usagers.
Le territoire ne doit pas être vu seulement comme l’administration en charge d’une zone géographique, mais bien comme un acteur et un moteur des innovations, dont des innovations territoriales et sociales. En effet, les ressources y sont nombreuses : acteurs publics et privés, structures de recherche et établissement d’enseignement supérieur, citoyens, …
Le défi pour chaque territoire est d’identifier les leviers d’actions, fédérer les acteurs et les ressources pour maximiser cette capacité d’innovation au service des besoins sociétaux. L’innovation sociale devrait faire l’objet de politiques contractuelles entre politique nationale et politique publique territoriale.
Il s’agit de permettre aux innovateurs de tous types, sociaux et numériques, ceux du secteur public et des entreprises privées, ceux de l’urbain et du rural, les chercheurs aussi bien que les praticiens de terrain et les entrepreneurs sociaux de converger.
Pour y parvenir, il faut faciliter l’échange des pratiques les plus innovantes dans le cadre de réseaux pluri-acteurs, pluridisciplinaires. Il faut aider à la création de lieux où les innovations puissent acquérir une forte visibilité, leurs résultats soient validés et que les méthodes puissent se généraliser. Il faut redonner une place importante à l’expérimentation sociale.
Au total, il s’agit de construire une véritable reconnaissance de l’innovation sociale, comme facteur de solidarité et de compétitivité, d’en faire un enjeu d’investissement public et privé, d’encourager le décloisonnement d’acteurs et de nouvelles alliances porteurs d’innovation.